Faire de la politique autrement, militer vraiment pour des idées de Gauche, croire qu'un autre monde est possible et le vouloir... « L’avenir ce n’est pas ce qui va arriver, c’est ce que nous allons faire » Gaston Bachelard
Par Corinne Morel Darleux
En mars 2007, les pays de l'Union Européenne se sont entendus sur un triple objectif pour 2020 : réaliser 20% d'économies d'énergie, réduire de 20% leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), et porter la part des énergies renouvelables à 20%.
Ces engagements avaient le mérite d'être clairs ! Et pourtant...
Alors que les émissions de GES dans le monde sont en hausse constante de 2% par an, la conférence climat des Nations Unies s'est réunie à Poznan en décembre pour tenter de trouver des solutions. Cette conférence était la dernière étape avant le sommet de Copenhague en 2009 et la mise en place de la seconde période d'engagement du protocole de Kyoto.
En parallèle de cette conférence, les 11 et 12 décembre, s'est tenu le Sommet Européen, avec comme objectif de parvenir à un accord de -30% de GES en 2020. Une étape avant de parvenir à -80% en 2050, condition sine qua non pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C. Au-delà, le GIEC (groupe d'experts international sur l'évolution du climat) prédit des catastrophes planétaires incontrôlables.
L'urgence et l'enjeu sont vertigineux ! Et pourtant...
Une fois de plus, les divergences au sein de l'UE ont pris le pas sur les bonnes intentions. Vite affichées, vite oubliées ! C'est le règne du double langage, du grand écart permanent entre les promesses et les actes.
Berlin, Rome et Varsovie agitent l'étendard de la crise économique pour se replier sur leurs intérêts nationaux au nom de la compétitivité de leurs industries. La prise en compte écologique entraverait la bonne marche du système...
Du coup, Paris propose une allocation massive de quotas de CO2 gratuits, tout en continuant à oeuvrer en coulisses pour le tout nucléaire.
Les fausses bonnées idées du « capitalisme vert » poursuivent inlassablement leur progression, pour le plus grand bénéfice de la logique économique et au mépris total des enjeux environnementaux !
Tout cela ressemble à la fuite en avant désespérée d'un agglomérat de gouvernements sans politique commune et sans ligne d'horizon.
Et c'est ainsi qu'une fois de plus, l'écologie reste le parent pauvre des politiques publiques européennes... Ce dont on s'occupe uniquement quand tout va bien.
C'est un véritable déni de réalité, et une grave erreur d'analyse.
Parce que crise écologique et inégalités sociales vont de pair. La sacro-sainte « croissance économique » entraine partout destruction de l'environnement et accroissement des inégalités. En octobre dernier, l'OCDE, qui regroupe les pays parmi les plus « riches » de la planète, confirmait que dans 3 pays membres sur 4 les inégalités s'étaient creusées en 20 ans. Et l'on constate malheureusement que les désastres du dérèglement climatique touchent en priorité les pays du Sud et les populations les plus faibles.
Parce que le « capitalisme vert » est une hérésie. La logique de croissance à tout prix que suppose le capitalisme pour atteindre son objectif de rentabilité à court terme n'est pas possible dans un monde fini. Et ce n'est pas en misant sur les OGM ou le nucléaire que l'on parviendra à sauver la planète : même la FAO reconnait que l'agriculture biologique permettrait de nourrir la planète, et même si l'on passait au tout nucléaire dans le monde, on ne réduirait les émissions de GES que de l'ordre de 15% !
Parce qu'il n'y a pas d'un côté le social, et de l'autre l'écologie. Ce sont deux facettes d'un seul et même problème, qui appelle des réponses globales. Réduire les inégalités, ce n'est pas proposer à tous des écrans plats produits à moindre cout, au mépris des conditions de travail à l'autre bout de la planète, et de la pollution que cela engendre. Hiérarchiser et introduire une compétition entre ces deux urgences est hypocrite et irresponsable.
Parce que le choix du système économique peut changer la donne. Le rapport GEO4 du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) dresse un tableau alarmant de la situation écologique et souligne combien son évolution dépend du choix des politiques économiques. Le « scénario marché », dans lequel la croissance multiplie par cinq le PIB mondial, aboutit à une situation écologique très dégradée en 2050, « au-delà des points de basculement où des changements soudains et irréversibles pourraient survenir. »
Parce que la crise écologique nous donne l'ardente obligation de faire renaitre la notion de bien commun. On assiste aujourd'hui à la privatisation d'entreprises qui jouent un rôle social et écologique essentiel : aujourd'hui EDF, demain la SNCF... Nous savons pourtant que le privé ne sera pas capable de gérer à long terme les investissements nécessaires au contrôle de la production énergétique ou à l'entretien des voies ferrées sur l'ensemble du territoire. Les enjeux écologiques rejoignent les préoccupations sur les services publics, en soulignant l'importance de l'intérêt général et de la notion de bien commun.
Enfin, parce que la dimension écologique ne peut être traitée efficacement que de manière transversale et sur la durée. Le scénario Negawatt, établi par un groupe d'experts en 2006, s'appuie sur trois piliers : sobriété, efficacité et renouvelables, pour atteindre le fameux « facteur 4 » * sur une trentaine d'années, avec des actions qui doivent être coordonnées dans le temps. C'est un changement en profondeur de nos modes de production et de consommation dont le monde a besoin. Cela ne s'improvise pas !
Pour le Parti de Gauche, le préalable indispensable pour répondre à l'urgence écologique et sociale est le dépassement du système capitaliste et de son dogme de la croissance.
Et pour gérer la transition vers un autre modèle de production et de consommation, le Parti de gauche propose un vaste plan de transformation sociale et écologiste vers un « alterdéveloppement ».
Ce plan devra être orchestré par la planification écologique. Pas une planification autoritaire de la production, mais une planification pilotée démocratiquement, au nom de l'intérêt général et du bien commun. Car seule une planification écologique peut permettre de concilier urgence sociale et écologique, en imaginant des réponses à long terme aux paradoxes générés par la crise du système.
Entre les plans de relance de l'industrie automobile et les objectifs européens de réduction des émissions de CO2, il faut pouvoir proposer des réponses à long terme pour défendre l'emploi et soutenir les salariés, sans sacrifier l'environnement sur l'autel des conjonctures économiques.
Le Prix Nobel de la Paix 2007 Rajendra Pachauri, président du Groupe d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), a rappelé les graves impacts de "l'inaction": de 4,3, à 6,9 milliards de personnes supplémentaires risqueraient d'être affectées par les sécheresses, soit "presque la majorité de l'humanité".
C'est aujourd'hui que l'Europe doit choisir entre un changement radical de modèle, pour inverser la tendance de manière profonde et efficace, ou la poursuite aveugle d'un système destructeur, pour l'écosystème mais aussi pour l'humanité toute entière.
Alors que les Etats-Unis et la Chine cherchent leurs positions, c'est à l'Union Européenne de montrer la voie et de montrer à la hauteur des enjeux.
Il y a urgence !
* En France, l'engagement a été pris en 2003 devant la communauté internationale par le chef de l'État et le Premier ministre de « diviser par un facteur 4 les émissions nationales de gaz à effet de serre (GES) du niveau de 1990 d'ici 2050 ». Cet objectif a été validé par le "Grenelle de l'environnement" en 2007.