Faire de la politique autrement, militer vraiment pour des idées de Gauche, croire qu'un autre monde est possible et le vouloir... « L’avenir ce n’est pas ce qui va arriver, c’est ce que nous allons faire » Gaston Bachelard
Ce jeudi fût bien chargé ! Surchargé ! Mais au
bilan, je me sens léger et je sais déjà mieux où je vais, où je dois aller.
Depuis plusieurs jours, le Festival du Film de Saint-Paul-Trois-Châteaux demande que l'on propose un intervenant pour participer à un débat après la projection du film « Nos enfants nous accuserons » de Jean-Paul Jaud. En cette période de campagne, difficile de trouver un candidat de la liste sud-est qui n'aurait pas déjà calé son agenda ! Et puis il y a, ce même soir, cette réunion publique du Front de Gauche à Pierrelatte, à 15 kilomètres de là, j'y interviens... On ne peut pas être partout, la demande est grande, il faut se résigner, j'irai quand même !
Il est 19 h 30, j'arrive devant la salle de réunion, je viens de sauter mon deuxième repas de la journée ! C'est ma première campagne, nouveau que je suis en politique, mais je suis sûr d'une chose, si certains grossissent à voyager de meeting en réunion publique, je peux, pour ma part, annuler ma cure à la Bourboule ! 5 heures de sommeil par nuit, quatre à cinq repas perdus par semaine, une consommation d'énergie digne d'un marathonien, j'ai peur d'être bientôt obligé de lester mes semelles pour que le mistral ne me face pas migrer vers le sud, malgré moi.
Les copains du PC arrivent avec un membre du comité de soutien qui, lui aussi, interviendra. On s'entend bien ici, le front est une réalité et nous apprenons à nous connaître avec respect et beaucoup d'écoute.
La salle est mise en place, elle se remplie, et c'est parti !
Les copains de la Gauche Unitaire n'ont pas pu venir, on lit un petit mot qu'Armand Creus nous a laissé.
Gérard fait un brillant exposé sur le fonctionnement de l'Europe et sur les raisons pour lesquelles il faut aller voter le 7 juin. Il est la preuve que ce comité de soutien est l'avenir du Front, un espoir pour les français. L'auditoire est attentif, presque studieux. Puis Bob envoie sa charge contre le démantèlement des services publics. Il est rôdé, net, clair précis, 40 ans de militantisme, de syndicalisme et de combat au sein du PC. Bien que ce ne soit pas ma première réunion, je risque, après tout cela, de faire un peu jeunot malhabile. On commence à voir que les corps se redressent et que les esprits réceptifs deviennent actifs, les têtes commencent à acquiescer, les stylos à gratter et les questions à se préparer.
J'interviens. J'ai décidé de convaincre sur la nécessité du front et sur les espoirs qu'il porte en lui. Je suis entré au Parti de Gauche, pour ça, pour l'unité, pour le rassemblement des idées de gauche. C'est l'absence d'un Front de Gauche qui serait aujourd'hui absolument inadmissible ! J'adore les métaphores ! C'est souvent tiré par les cheveux mais ça éclaire souvent les problèmes. J'essaie d'expliquer que les plans de relance de l'UMP, les 0,07 % du PIB que l'Europe investit pour lutter contre cette crise, que les mesurettes qui sont proposées, sont criminelles et nous préparent au pire. Nous étions dans une voiture dont les freins viennent de lâcher et on veut nous y faire remonter après avoir mis du scotch un peu partout, pour boucher les trous, masquer les bosses... Si on ne veut pas préparer la prochaine crise, il faut voter Front de Gauche.
J'adore les métaphores ! Apparemment je ne suis pas le seul ! J'embraye sur la nouveauté dans cette campagne. Celle du parti socialiste d'abord, qui en ayant comme mot d'ordre « Non à Baroso » et appelant, par la voix de Jacques Delors, socialiste parmi les socialiste, à mettre Fillon ou Juppé à sa place, appelle en définitive, à voter pour de hauts dignitaires de l'UMP. Et puis je balance sur le Modem alors que tout le monde est déjà à l'ADSL, et les verts pour expliquer qu'un fait nouveau peuple leur monde. Non, ce n'est pas le fait que Cohn Bendit soit de droite, ça on le sait depuis longtemps, c'est juste que José Bové ne soit plus de gauche qui est nouveau ! Et surtout ici, en Drôme, Michèle Rivasi, tête de liste pour les verts, qui aux dernières municipales à Valence disait l'être encore...
Reste le NPA. Ils ne sont pas nos ennemis, évidemment. Mais, dans les conditions actuelles, refuser l'unité, est-ce vraiment faire preuve d'une démarche de gauche ? Ce qui nous sépare, les français s'en moque ; ce qui nous unit, ils en ont urgemment besoin.
Tout le monde comprend alors que la seule nouveauté susceptible de changer la donne, c'est le Front de Gauche. Là, j'insiste sur le comité de soutien, je fais tourner la feuille de signature, tout le monde la remplit. 30 personnes, 30 signatures.
Encore une heure de réponses aux questions, une adhésion au Parti de Gauche et je saute dans ma voiture pour me rendre au cinéma.
J'arrive, le débat est déjà lancé, on me présente, je n'ai même pas le temps de me rendre compte que ce n'est plus une réunion du Front de Gauche, on me donne la parole, je dis « n'oubliez pas qu'il y a des élections européennes le 7 juin ! » toutes les têtes se lèvent, je ne dois pas être dans le ton ! Je lance une seconde phrase pour justifier... « le problème du bio, c'est qu'il a de l'avenir. » Les gens se penchent en avant, je les sens prêts à bondir.
J'ai l'impression qu'ils me prennent pour un pesticide ! Je fais le lien entre mes deux phrases surréalistes à cette heure là et j'explique les méthodes du capitalisme vert et le lobbying fait à la commission européenne pour simplifier et dénaturer la certification « bio ». Seuls une décision politique forte et le lien humain avec les producteurs locaux peuvent garantir aujourd'hui la pérennité du bio. Je poursuis sur les filières courtes, les lances à purin d'orties sont rentrées.
Petit pot après le débat, de nombreuses personnes viennent me voir, je parle du Front de Gauche, du Parti de Gauche, je laisse mon adresse mèl, je sens bien que j'ai convaincu.
Une réunion publique avec des sympathisants c'est bien. Mais des interventions dans des lieux où le public n'est pas déjà acquis, c'est mieux.
Il est 1 h 30 du matin, demain, 6 h 30 sur les rails, je lis et réponds à mes 63 courriels arrivés dans la journée.
Je me sens léger.
Le bio de gauche, rien de tel pour la santé !